Qui était Hippocrate ?
Né vers 460 avant J.-C. sur l'île de Cos, en Grèce, Hippocrate est considéré comme le père de la médecine occidentale. À une époque où la maladie était interprétée comme une punition divine ou une manifestation surnaturelle, il fut l'un des premiers à affirmer que les maladies avaient des causes naturelles — observables, analysables, et donc traitables.
Il fonda une école de médecine sur l'île de Cos, dont le corpus de textes — le Corpus hippocraticum — rassemble plus de soixante traités. Parmi eux figure le Serment, dont la paternité directe est aujourd'hui discutée par les historiens, mais dont l'esprit est unanimement attribué à son école.
Une histoire en plusieurs actes
Rédaction originale
Le texte est rédigé en grec ancien dans l'école de Cos. Il s'adresse aux élèves médecins et mélange obligations envers les maîtres, interdits de pratique et principes de soin.
Adoption par le monde chrétien et islamique
Le serment est adapté et transmis dans les grandes traditions médicales médiévales. Avicenne et d'autres médecins arabes intègrent ses principes dans leurs enseignements.
Institutionnalisation dans les facultés
Les facultés de médecine européennes commencent à intégrer une version du serment dans les cérémonies de remise de diplôme, lui donnant un caractère solennel et officiel.
Déclaration de Genève
En réponse aux crimes commis par des médecins sous le régime nazi, l'Association médicale mondiale adopte la Déclaration de Genève — une version moderne et universelle du serment hippocratique.
Des versions nationales adaptées
Chaque pays, et souvent chaque faculté, dispose de sa propre version. En Suisse, le serment est prononcé à la fin du cursus médical, avec des variantes selon les universités.
Ce que dit vraiment le texte original
Le serment grec originel est souvent mal connu. Il comporte trois dimensions distinctes que les adaptations modernes ont parfois édulcorées ou réinterprétées.
La première est corporatiste : le médecin jure fidélité à ses maîtres et s'engage à transmettre le savoir à leurs fils. C'est le reflet d'une médecine artisanale, transmise de maître à disciple.
La deuxième est déontologique : il s'interdit de donner un poison mortel même si on le lui demande, de pratiquer l'avortement, d'abuser de sa position vis-à-vis des patients ou de leurs proches. Ces interdits révèlent les tensions éthiques qui existaient déjà dans la médecine antique.
La troisième est relationnelle : le médecin s'engage à agir pour le bien du malade, à respecter le secret de ce qu'il apprend dans l'exercice de sa fonction. C'est l'origine directe du secret médical.
« Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. »
— Extrait du serment d'Hippocrate, traduction Louis Littré
Les quatre principes qui en découlent
Bienfaisance
Agir dans l'intérêt du patient, toujours et avant tout. Le soin comme acte orienté vers le bien de l'autre.
Non-malfaisance
Primum non nocere — d'abord ne pas nuire. Le principe le plus cité, même s'il ne figure pas explicitement dans le texte original.
Confidentialité
Le secret médical, l'une des pierres angulaires de la relation de soin, trouve son origine directe dans le serment.
Respect du patient
Ne pas abuser de la position de confiance. Traiter avec égard, sans discrimination, toute personne qui se confie au médecin.
Un serment toujours d'actualité ?
La question mérite d'être posée sincèrement. À l'heure de la médecine tarifée, des contraintes administratives, des réseaux de soins et des algorithmes diagnostiques, que reste-t-il de l'idéal hippocratique ?
Certains médecins estiment que le serment est devenu une formalité symbolique, prononcée une fois et rarement relue. D'autres y voient au contraire une boussole permanente — un retour possible aux fondamentaux quand la complexité du système devient écrasante.
Il est vrai que le contexte a radicalement changé : la médecine est aujourd'hui une pratique collective, encadrée par des lois, des tarifs, des assurances et des protocoles. Le médecin seul face à son patient, guidé par sa seule conscience, est une image largement dépassée par la réalité institutionnelle.
Et pourtant. Dans la relation entre un praticien et son patient — ce moment singulier où quelqu'un confie sa vulnérabilité à quelqu'un d'autre — quelque chose demeure qui échappe aux procédures. C'est précisément cet espace que le serment cherche à protéger.
Et en Suisse ?
En Suisse, le serment médical est prononcé à l'issue de la formation en médecine humaine, avec des formulations variables selon les facultés (Genève, Lausanne, Berne, Zurich, Bâle, Fribourg). Il n'a pas de valeur juridiquement contraignante — c'est le Code pénal, la LPMéd et les règles déontologiques de la FMH qui encadrent la pratique.
Mais il conserve une valeur symbolique forte : celle d'un engagement public, prononcé devant une communauté, qui rappelle que la médecine n'est pas seulement une profession technique — c'est aussi une responsabilité morale.
Chez MEDERI, nous croyons que construire un réseau de cabinets médicaux ne signifie pas réduire la médecine à un modèle économique. C'est précisément parce que l'acte de soin est irréductible à une prestation que nous veillons à préserver l'indépendance clinique de chaque médecin au sein de notre structure.